ÉpicureLe plaisir comme souverain Bien |
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| Auteur : Brigitte Boudon |
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Épicure (341-271 av. J.- C.) passe sa jeunesse en Grèce, sur l'île de Samos, avant de partir sur le proche rivage d'Asie pour y suivre l'enseignement de plusieurs maîtres de philosophie. Puis il revient à Athènes où, à partir de 306, il fonde une école de philosophie, le Jardin, dont l'enseignement est tourné avant tout vers la vie pratique et la recherche d'une paix morale. Nous ne possédons de lui que quelques écrits, lettres et maximes. Notre source principale sur l'épicurisme est le poème de Lucrèce intitulé De la nature des choses, écrit vers 50 avant J.- C.<?
Le plaisir, principe et fin de la vie heureuse
Chaque être vivant recherche naturellement le plaisir et fuit la douleur. Il divise les plaisirs ou désirs en trois catégories : ceux qui ne sont ni naturels, ni nécessaires comme les honneurs et la richesse, ceux qui sont naturels sans être nécessaires comme le désir de nourritures recherchées, ceux qui sont à la fois naturels et nécessaires comme manger à sa faim, boire à sa soif, se protéger des intempéries, aspirer au bonheur par la philosophie et l'amitié. Épicure ne retient que les plaisirs naturels et nécessaires. «Quelle chose admirable que le pain et l'eau dans le temps de la faim et de la soif», disait-il. «Envoie-moi, écrivait Épicure à un ami, un petit pot de lait caillé, que je puisse faire bombance quand j'en aurai envie.»
Il n'y a rien à craindre des dieux ni de la mort
Pour Épicure, les dieux jouissent d'une parfaite félicité et sont exempts de toutes les affections humaines. Ils ne se soucient donc point des hommes et encore moins de gouverner le monde. Quant à la mort, il n'y a rien d'effrayant dans le fait de vivre, pour celui qui est authentiquement conscient et il n'y a rien d'effrayant non plus dans le fait de ne pas vivre. Il est donc stupide d'avoir peur de la mort. «Tant que nous sommes là, la mort ne s'y trouve pas ; quand la mort est là, nous n'y sommes plus. [?] Vivant, la mort ne me concerne pas. Mort, elle n'est plus à craindre.» Lettres à Ménécée. (1) Quant à la douleur, on peut la supporter et atteindre le bonheur. Quand la douleur est très forte, elle est également très courte car elle entraîne la mort. Elle cesse ou elle nous tue. Si elle dure longtemps, les sens s'émoussent et on ne la sent plus.
Dans ce monde délivré par Épicure de l'angoisse de la mort et de la peur des dieux, une authentique sagesse se dessine. Tous les êtres recherchent le plaisir et fuient la douleur mais la sagesse n'est pas dans la quête effrénée des satisfactions vulgaires qui rendent l'âme plus esclave encore ; elle est dans l'absence de troubles, ou ataraxie qui s'obtient en supprimant l'agitation des désirs.
(1) Les lettres à Ménécée sont publiées dans, Lettres, maximes et sentences de J.F. Balaudé, Livre de Poche,1994
À lire Qu'est-ce que la philosophie antique ?, Pierre Hadot, Gallimard, 1995 De la nature de Lucrèce, traduit du latin par J. Kany-Turpin, Aubier, 1993
«Tout plaisir est de par sa nature même, un bien, mais tout plaisir ne doit pas être recherché ; pareillement toute douleur est un mal, mais toute douleur ne doit pas être évitée à tout prix» Épicure. Lettres à Ménécée
Cinq siècles après l'enseignement du maître, un disciple anonyme fit graver sur le mur d'un portique le quadruple remède formulé par Épicure : «Il n'y a rien à craindre des dieux. Il n'y a rien à craindre de la mort. On peut supporter la douleur. On peut atteindre le bonheur». |
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